Reverse Factoring; nouveau mode de cross-financement de l’économie ?
Lors du précédent papier sur le sujet, nous avions observé que la montée en puissance du Reverse Factoring s’appuie sur de solides fondamentaux que sont les besoins de resserrer et de solidifier les liens dans la Supply Chain. Tout en résumant ces fondamentaux, poussons plus loin l’analyse des possibles avec de nouvelles modalités pour ce genre de financement dorénavant stratégique pour ce genre de financement dorénavant stratégique pour les entreprises et leurs fournisseurs, sous-traitants. Dévoilons les opportunités du cross-financement en France.
Reverse Factoring « traditionnel »
Dans le cadre d’une structuration disons moderne du Reverse Factoring, le donneur d’ordres (D.O.) invite ses fournisseurs à profiter de modalités arrangeantes de paiement anticipé. Grâce à l’outil prévisionnel mis à disposition par le D.O. ; le Portail fournisseurs, ces derniers peuvent en plus suivre précisément le statut de leurs créances clients et des encaissements futurs. Le fournisseur est alors libre de demander un paiement anticipé que peut lui délivrer ou bien le D.O. sur fonds propres contre escompte ou bien le financier contre frais financiers.
Afin de maitriser le programme, sa distribution ses implications juridiques, bilantielles et de bénéficier des retombées notamment en marketing/communication, le D.O. devrait préférer monter son propre programme plutôt qu’adhérer à des programmes bancaires.
Le Reverse Factoring permet d’exploiter le potentiel de sa dette fournisseurs afin de se générer un revenu récurrent tout en aidant financièrement ses fournisseurs. Bel équilibre d'avantages respectifs.
Simple, vertueux et si, bien organisé, le Reverse Factoring maintient la dette fournisseurs lorsque le D.O. opte pour du financement via un tiers financier. Fournisseurs et D.O. doivent bénéficier tous les deux des retombées et avantages du programme ; clé de sa réussite.
Les sources de financement traditionnelles se tarissent
Revenons donc au thème de cet article sur la question du financement de l’économie via des dispositifs dits de Reverse Factoring.
Le mois précédent, nous avions relevé que les financements bancaires doivent satisfaire de nouvelles normes en matière d’engagement et donc de mesure de risque. Ceci tend à réduire les montants engagés par le financier bancaire dans des opérations qu’ils qualifient à mono-débiteur.
Financer un programme de Reverse Factoring, revient bien souvent pour une banque à ne prendre en compte que le risque de l’unique D.O. également désigné comme « débiteur », présent dans l’opération. Le montant et conditions de l’engagement bancaire dépendront donc de la qualité du débiteur. Devant la raréfaction des signatures dites irréprochables de type AAA, les banques s’engageront avec une situation dégradée en fonction de la signature du D.O. L’assureur crédit en fera de même.
Alors, quelles alternatives au tarissement des sources bancaires de financement court terme?
Nouveaux gisements de financement
Le secteur bancaire n’est pas le seul pourvoyeur de liquidités même pour des opérations court terme. Il existe 2 sources à explorer.
1 – Trouver du financement hors système bancaire consiste à identifier des réservoirs de liquidités qui s’intéressent à du financement court terme. Pour cet objectif, les fonds peuvent considérer des investissements avec des rotations rapides. En France, si on considère les 60 jours d’une facture selon la LME et qu’on déduit 25 à 30 jours pour une validation moyenne ; il reste 30 jours pour du financement. Donc 30 jours de potentiel de financement en même temps que 30 jours de risque !
L’investisseur financier observera la qualité de signature du débiteur mais considérera la courte durée du risque. D’autant que l’argent investi dans le financement fournisseurs, disons quotidiennement, se compense par le remboursement des factures qui arrivent à leur échéance ce même jour. Même si l’investissement du jour ne se compense pas nécessairement en intégralité, avec le règlement à l’échéance effectué par le débiteur cela constitue un cercle relativement vertueux pour maîtriser son risque.
En revanche, à la différence de banques, les fonds ne financent pas des factures individuelles. Il convient ainsi de transformer ce document facture en papier commercial reconnu et usité dans l’univers des dits fonds. Pour cela, il existe des formats déjà en circulation pour les transactions impliquant des fonds d’investissement. Loin des pratiques des Subprimes, un acteur financier officiel, transforme factures en papier commercial et le collatéral n’est pas subdivisé ou retransformé une nouvelle fois.
La référence à la facture financée demeure dans le collatéral financé afin de faciliter la réconciliation finale de l’opération. Le fonds finance donc du papier tangible et certifié grâce à des instruments financiers fiables et auditables dépendant d’un système établi.
Au-delà de la technique financière, les règles d’utilisation des liquidités disponibles ne répondent pas aux mêmes règles que les banques. Ici, point d’assurance-crédit, de retenue de garantie, de commission de service, de quotité de financement, etc, mais un simple spread appliqué sur la durée de financement. Simple !
Afin d’attirer des volumes importants de financement court terme, les spreads sont attractifs.
2 – Une autre source de liquidités pour le financement des programmes existe chez… les donneurs d’ordres ; « leur propre trésor de guerre ». Surprenante découverte, idée saugrenue ?
Certaines sociétés performantes abritent des réserves importantes de liquidités. Ce cash ne dort pas dans leurs coffres mais les rémunérations classiques sont souvent modestes et amènent certains trésoriers à chercher d’autres leviers pour bonifier le retour sur leur cash.
Dans un pays comme la France, les grandes entreprises entretiennent entres-elles des liens parfois étroits notamment leurs communautés financières respectives. Communautés qui se retrouvent d’ailleurs parfois pour constater la raréfaction du crédit court terme notamment pour le financement fournisseurs.
Ces D.O. peuvent puiser dans ces réservoirs à liquidités, leur propre cash.
Reste à mettre en place un robinet pour utiliser le réservoir.
Comment organiser le dispositif ?
Pour construire ce robinet, un Fonds Commun de Créances constitué à dessein pour le financement des créances fournisseurs, pourrait récupérer les liquidités mises en commun par des D.O. (free cash-flow ponctuel ou trésorerie excédentaire).
Les créances à financer proviendraient des dettes opérationnelles des participants - voire de D.O. non-participants. Ces créances fournisseurs pourraient être agrégées sous une forme de certificat commun.
A l’émission, un intervenant tiers de confiance doit apporter une garantie à la bonne transformation des créances en certificat. Pour le remboursement à l’échéance, ce même tiers assurera que la réconciliation des règlements avec les financements.
Ce certificat serait constitué de lots avec des échéances identiques, ainsi que des devises identiques. Même si l’euro serait prépondérant, certains secteurs effectuent leurs achats dans d’autres devises qui devront être représentées au titre notamment de la diversité du portefeuille.
D’ailleurs au titre de la diversité, le Fonds Commun de Créances serait une combinaison qui :
Pourquoi ce Fonds Commun de Créances ?
Les organisations acheteuses doivent s’assurer que leurs fournisseurs ne vont pas leur faire défaut dans des Supply Chains fragilisées par la raréfaction du crédit court terme.
Plutôt que le passage de parafeur pour des paiements précipités ou toute forme de règlement sur fonds propres, la participation au Fonds Commun de Créances constitue une ré-allocation de cash qui ne pénaliserait pas le bilan de l’entreprise.
Aider ses fournisseurs en leur offrant du financement compétitif sans détruire du BFR représente une alternative financière intéressante comparée notamment à la rémunération actuelle des liquidités.
De plus, le D.O. pourra décider du montant de sa participation et des caractéristiques du certificat auquel il pourra souscrire (montant, devise, durée, risque). De ce fait, le D.O. pourra arbitrer sur la rémunération qu’il obtiendra à comparer à d’autres certificats ou d’autres formes de rémunération sur du court terme, quitte à ne pas souscrire au certificat pendant un certain temps.
D’autre part, mais sans négliger cet élément clé, les participants de ce Fonds Commun de Créances pourront communiquer massivement sur cette forme de cross-financement. Les grandes organisations sont les locomotives de l’industrie comme on nous l'assène fréquemment. Avec le cross-financement, les grandes entreprises seront l’origine de l’essor du tissu de PMEs ainsi que la finalité en assurant le financement des PME’s.
Il est à prévoir que cet aiguillon du cross-financement pourra motiver le monde financier à revoir ces conditions de participation au financement inter-entreprises. Rappelons que l'affacturage domestique en France représente 120Mds€ pour 700Mds€. Il subsiste donc une portion importante potentiellement à satisfaire et donc de la place pour différents dispositifs complémentaires.
Le Fonds Commun de Créances et les fournisseurs ?
Dans la même optique que du Reverse traditionnel, le fournisseur restera maitre de son adhésion et/ou de son utilisation du financement proposé. Le fournisseur cédera sa créance en fonction des informations prévisionnelles fournies et de sa gestion de BFR.
En revanche, avec ses diverses sources de financement, le Fonds Commun de Créances proposera et fournira du financement dans des conditions vraiment intéressantes. En maintenant la cession de créances dans un format sans recours, le fournisseur disposera d’une source de financement déconsolidante et ce avec une représentation plus importante de son poste clients.
Le fournisseur ne tirerait que des avantages de ses clients réunis en Fonds Commun de Créances avec un petit plus, la gratitude qu’un dispositif a été mis en place pour le soutenir financièrement. Ceci soulagerait les relations souvent houleuses dans les Supply Chains entre fournisseurs et donneurs d’ordres.
En résumé
Contrarions la "maxime" qui déclare que sans financement bancaire, point de salut en démontrant que d’autres sources de financement court terme existent.
Il ne s’agit en rien de supplanter le financement bancaire mais de compléter les pans de l’économie qu’il sera de moins en moins en mesure de financer.
Tous les acteurs économiques doivent prendre leurs responsabilités dans le financement des PMEs françaises, notre prochain papier traitera d’ailleurs du rôle de l’Etat.
Comme dernier point à l’avantage des donneurs d’ordre, le Fonds Commun de Créances pourrait représenter un rempart aux velléités du Gouvernement d’abaisser à nouveau les délais de paiement avec des effets désastreux prévisibles sur le BFR des groupes français. Mieux vaut anticiper cette mesure en généralisant les dispositifs qui aident concrètement les fournisseurs.
D’ailleurs, ce type de dispositif d’aide financière aux fournisseurs - Reverse Factoring inclus - devrait figurer sur les rapports annuels des grands groupes pour démontrer aux actionnaires que la Supply Chain interne est ainsi mieux protégée par ces mesures et permet d’augurer l’atteinte des objectifs de revenus clients.
A propos de Corporate LinX
Fondée en 2008, Corporate LinX permet aux grandes entreprises de dématérialiser et d’améliorer la performance financière de leur Supply Chain tout en optimisant durablement leur relation fournisseurs.
Ces améliorations sont atteintes grâce à la gestion dématérialisée et collaborative des transactions du cycle achat-règlement avec le portail Corporate Linx eXchange (CLeX). Le Portail CLeX permet notamment d’offrir directement du paiement anticipé contre escompte aux fournisseurs et également en y associant des partenaires financiers permettant une souplesse dans les délais de règlement. Au-delà de la solution technique innovante, Corporate LinX propose une étude et un accompagnement dans le déploiement auprès des fournisseurs, deux composants clés pour la réussite de ce type de programme.
Corporate LinX est le seul spécialiste indépendant français. Le portail transactionnel CLeX permet de dématérialiser les transactions et réduire les coûts opérationnels et d’améliorer le ‘Working Capital’ du donneur d’ordres ainsi que ses conditions de paiement avec ses fournisseurs.
Le portail CLeX a été développé exclusivement avec des technologies Microsoft; son hébergement en mode SaaS est effectué sur l’infrastructure française d’IBM avec la participation d’Aspaway.
Corporate LinX est membre de la communauté d’experts, BFR TM.
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